Nicolas FAVRE

 

L'étonnement est à ma peinture un influent critique. il m'évite les écueils de la décoration, de la reproduction, et de l'illusoire ronron d'une peinture en léthargie.

Toujours remettre en cause ce qui s'installe, être attentif au changement qui s'impose, et laisser la peinture savoir de moi – pour quelques instants encore - ce que j'ignore d'elle.

Mon travail propose à chacun un point de vue différent sur lui-même, elle est objet relationnel, sans aucune utilité particulière, autre que celle, intime et personnelle, que l'on voudra bien lui offrir.

 

Nicolas FAVRE

 

 

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"Je me demande"

 

Je me demande pourquoi quand je reviens de l'atelier je me demande toujours pourquoi je peins.

 

Pourquoi je passe mes jours à composer des couleurs et des formes dont je suis le seul bourreau, à la fois le seul accoucheur et l'unique assassin.

 

Je me demande pourquoi une peinture aboutie, magique, puissante, peut se retrouver une heure plus tard au fond de la poubelle.

 

Je me demande pourquoi je vômis des peintures, je débite des toiles, inlassablement, je me demande ce que je cherche, ou ce que je fuis.

 

Je me demande : « Après quoi je cours ? »

Je me demande : « De qui es-ce que je m'éloigne »

Je me demande : « Pourquoi je peins ? »

 

Quand Je me demande si je me fuis moi-même, la peinture me parle alors de rencontre, de réconciliation, de découverte et de fraternité.

Chaque toile me rapproche un peu plus de moi, de celui que je deviens, de celui que je découvre à chaque composition.

 

Je me demande, « alors je me décompose pour mieux me recomposer ? »

Je me demande «  et si le soleil se lève chaque jour nouveau, je renaît moi aussi à chaque aube de ma peinture ? »

 

 

Je me demande pourquoi cette soif d'exister par dessous tout, , cette énergie vitale, cette pulsion mêlée de soif de vie et d'angoisse de mort.

 

Je me demande pourquoi je ne suis pas simple d'esprit

 

Je suis coincé sur terre, entre ma naissance et ma mort, et j'avance à mon rythme, à ma manière, comme un funambule......et je me demande si je m'équilibre de peinture.

 

Je me demande alors si j'aurais ce besoin impérieux de créer si je n'étais pas si angoissé.

 

Je me demande alors si pourrais dans ce cas consacrer mon temps à aller à la pêche sur les bords du canal.

 

Je me demande comment alors je gagnerais ma vie, en vendant du poisson ?

 

Alors Je me demande aussi si la névrose ne serait pas la mère de toute création, et la psychose sa sœur malade.

 

Je me demande à quoi bon peindre si c'est de toute manière pour mourir un jour ou l'autre

 

Je me demande si cette obsession d'immortalité n'est pas une forme d'égocentrisme exacerbé

Et quand je serais mort, à quoi bon toutes ces peintures ?

 

Je me demande à quoi appartient se fantasme inconscient de vouloir survivre à sa propre existence, accroché par le dos du châssis dans les salons des vivants.

Je me demande si je ne suis pas en lutte perpétuelle pour tenter de survivre, et je me demande si ce n'est pas ça que de vivre.

 

Je me demande si je serais plus heureux autrement, si j'étais untel ou tel autre, si j'avais un boulot peinard, du fric à plus savoir quoi en faire.

 

Je me demande beaucoup de choses...

 

Je trouve que je suis exigeant avec moi-même.

 

Je me demande si ma présentation est correcte.

 

Mais tant que je me demanderai,

 

Je serais vivant.

 

Nicolas FAVRE